L'oeil du photographe #26 - Nicolas Winspeare

Nicolas Winspeare a accepté d’être le sujet de "L'Oeil Du Photographe"de ce mois-ci. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie.

Tu participes très discrètement sur la commu, parle-nous un peu de toi et de ton parcours photographique.
J’ai débuté en photographie avec le reflex Praktica de mon père quand j’étais jeune adulte. J’étais attiré par la pose longue et la photo de nuit. J’ai acheté ensuite un reflex argentique, le moins cher à l’époque, un canon 1000FN avec son objectif de kit. Je m’en suis servi pour des photos de famille. Puis le travail et la famille ont commencé à prendre une place plus importante dans ma vie et j’ai arrêté la photo.
10 ans plus tard en 2008 avec l’avènement de la photographie numérique, je me suis remis à la photo avec un canon 400D.  Ensuite, me rendant compte rapidement des limites de cet appareil, je suis passé au nikon D700 puis D800. Quand je regarde les photos de l’époque, il y a beaucoup de portraits, surtout de la famille… et des photos d’insectes pris avec l’objectif macro que je m’étais offert.
En 2011 j’ai rejoint un club photo pour partager et développer ma passion. Je pense que c’est encore le meilleur moyen pour vivre la photo en tant qu’amateur. Le partage sur internet, bien que pratique et immédiat, n’apporte pas autant de satisfaction ni de retour critique que la discussion avec des amis. Ma première “photo de rue” date de 2012, sans rien connaître à l’époque de ce genre de photo. Je connaissais Doisneau et Cartier-Bresson de nom, c’est tout. Les appareils hybrides, plus petits, plus discrets sont apparus ensuite et après avoir essayé l’offre chez Sony et Olympus, j’ai choisi Fuji. Je sors rarement sans appareil photo maintenant. Je fais un peu moins de macro, un peu plus de paysages mais beaucoup de photo de rue.
C’est vrai que ma participation dans la communauté est discrète. J’y passe pourtant du temps à regarder les photos des uns et des autres. Les commentaires sont constructifs et la communication entre les membres sincère. Ce n’est pas le cas de nombreux autres lieux sur internet.

A travers ton portfolio, on perçoit ta prédilection pour la photo de rue, qu’est-ce qui te fascine dans cette pratique ? Légalement, ne devrais-tu pas demander une autorisation pour photographier les gens ? Quelle est ta réflexion à ce sujet ? 
J’ai découvert la photo de rue par hasard en fait. J’en ai fait avant de savoir que c’était un genre important dans l’histoire de la photo. J’ai découvert les grands photographes documentaires (et j’en découvre encore) en parallèle de ma pratique. Je ne sais pas comment dire ce qui me fascine, si ce n’est que j’essaie de capter des moments de notre vie contemporaine, c’est à dire avec une composition rigoureuse et en cherchant la lumière. Je trouve fascinant de penser qu’il y a des milliards de gens sur cette planète, chacun vivant sa vie. On se croise par hasard parfois, sans rien savoir l’un de l’autre, sans communiquer. Pourtant, on accepte que l’autre soit présent dans son décor personnel. Une photo de rue interroge sur l’individu photographié. Cela interpelle notre humanité.
Sur la plan légal cela reste un peu flou pour moi. J’ai passé beaucoup de temps sur internet à me renseigner mais les points de vue diffèrent. C’est très différent aussi suivant les pays. Si j’ai bien compris, on a le droit de prendre des photos. Le droit à l’image n’intervient que dans l’utilisation que le photographe en fait. Je n’ai pas le droit de vendre ces images sans autorisation des personnes présentes sur la photo. En revanche dans un cadre artistique, je peux en faire usage. Il y a d’ailleurs eu un cas concernant François-Marie Bannier qui semble avoir fait jurisprudence dont les détails figurent sur ce blog
En ce qui concerne mon éthique personnelle, j’essaie de ne pas déranger les gens et j’évite de montrer des gens dans la détresse ou dans une situation qui pourrait les gêner. Ma photographie n’est pas politique, elle est humaine et sociale.

Tes photos de Street sont-elles toujours improvisées, ou t’arrive-t-il de vouloir faire une photo anticipée, préparée, avec une scène ou une composition précise ? 
La photo de rue est improvisée, toujours. Cela n’empêche pas de chercher la lumière, le cadre, la composition. Ce n’est pas si facile. J’ai souvent un appareil photo à la main quand je me promène. Ce que j’apprécie sur mon fuji, c’est que je vois la vitesse, l’ouverture et la sensibilité iso sans allumer l’appareil. Cela me permet d’être prêt, de savoir ce que je fais à l’avance.
J’ai un projet en cours qui n’est pas de la photo de rue à proprement dit. C’est un projet “100 strangers”. Le principe est d’aborder une personne dans la rue, de discuter et puis de demander une photo. La personne sait qu’elle fait partie du projet et doit y consentir. Il y a un groupe sur flickr sur lequel je poste le portrait avec le prénom de la personne et un résumé de la conversation. C’est un bon projet photo puisque la plupart du temps on prend un ou deux portraits, il doivent être nets, cadrés et flatteurs en 10 secondes! C’est aussi un bon projet pour vaincre sa timidité.
As-tu un conseil (ou plusieurs) à partager avec les personnes qui souhaitent se mettre à la photographie de rue ? Par exemple : quelle importance attacher à la lumière, à l’attitude, comment vaincre ses peurs ?
La peur n’existe que chez la personne qui prend la photo. On n’ose pas pointer un objectif sur une personne inconnue comme si c’était une arme ! Mon plus grand problème est l’autocensure. J’en souffre encore et il m’arrive de voir une scène et de ne pas prendre la photo. Il y a des jours ou ça va mieux et j’ose. Il m’est arrivé une fois ou deux d’être interpellé par la personne sur la photo: ¨que faites-vous ? Pourquoi me prenez-vous en photo ?¨, je m’explique, je montre la photo et au besoin j’efface. C’est très rare. Cela m’arrive beaucoup plus souvent de prendre de photos à quelques mètres de personnes et elles ne remarquent même pas ma présence.
Je ne sais pas quel conseil donner pour vaincre ses peurs. Chacun a ses appréhensions. Chacun choisit ce qui peut être pris en photo et ce qui ne peut pas. C’est peut-être par cela que la réflexion doit commencer d’ailleurs.

Tu sembles aussi attiré par la macro et la proxi, peux-tu nous en dire plus sur ta pratique de cette discipline ?
Cette attraction pour les petits sujets m’interroge en fait. C’est peut-être mon côté scientifique qui ressort. J’ai un bête objectif macro et j’utilise souvent des flashs cobra avec diffuseurs. J’ai choisi les yongnuo pour déclencher à distance. Cela me permet de tenir l’appareil photo d’une main et le flash de l’autre. C’est très proche des photos de portraits. Si je prends un sujet fixe, je place mes flashs sur des petits trépieds de table ou posés sur le sol autour du sujet. Cela devient une séance de studio. Le côté méticuleux dans le placement des lumières me plait. Et on peut faire tout ça dans son jardin !

Merci Nicolas de t'être un peu livré à nous. Vous pouvez poursuivre la balade dans l'univers de Nicolas sur :
Interview réalisée par : Evelyne Zeltner et Michel Vervoort - septembre 2017