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28 juin 2016

L'oeil du photographe #18 - Aurélia Cointre Mazni

Aurélia Cointre Mazni a enfin accepté d’être le sujet de "L'Oeil Du Photographe"de ce mois-ci. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie. 




Aurélia, parle-nous de ton parcours photographique et comment il t’a amené à prendre en charge la communauté.
Les deux sont le fruit du pur hasard. En réalité, longtemps la photographie ne m’a pas intéressée. Je n’y entendais rien. Le peu de photos que j’avais fait dans ma vie me semblait sans intérêt. Je trouvais ça tout simplement cher et inintéressant. J’ai bien changé d’avis depuis.
Mon aventure photographique a donc commencé, il y a trois ans et demi. J’avais repris le dessin et j’avais envie de photographier les sujets intéressants pour tenter de m’en inspirer. Muni d’un petit compact, j’ai compris quelques photos plus tard, que ça ne serait pas si simple. J’ai donc commencé à lire et faire des recherches sur le sujet.
Il y a eu deux piliers à mon apprentissage : le livre d’Anne-Laure Jacquart “Composez, réglez, déclenchez” et les membres exigeants mais bienveillants de la communauté G+Photographie. Bien sûr par la suite, il y a eu beaucoup d’autres livres, de tutos, vidéos et d’articles.
Le bateau Plume
Ce qui est étonnant, c’est que je me suis inscrite sur Google + pour le travail et qu’aujourd’hui je l’utilise exclusivement pour la photographie. Le hasard a donc fait que j’ai vu naître les communautés sur Google. 
Je me suis inscrite à G+Photographie parce que j’aimais beaucoup l’enthousiasme et la simplicité de Michael Bastia (le fondateur). De fil en aiguille, je suis devenue modératrice, puis “propriétaire” de cette communauté. En réalité, je me vois plus comme une dépositaire de cette communauté. On me l’a confié, mais elle ne m’appartient pas. Elle appartient à tous ceux qui la font vivre au quotidien et aussi désormais à mon amie Evelyne Zeltner.
J’ai fini par accepter cette interview, parce qu’aujourd’hui j’estime avoir bien progressé. Je fais des photos que je pense, que j’assume et que j’aime malgré leurs imperfections… Depuis un an, je photographie beaucoup moins, parce que je maîtrise mieux mon appareil et parce que je sais ce que je peux ou non tirer d’une situation. Je dirais que j’ai une pratique plus raisonnée qu’à mes débuts.
Comment arrives-tu à concilier la coordination de la commu et ta passion, laquelle influence l'autre ?
J’arrive difficilement à assumer les deux, bien que l’une nourrisse l’autre. La communauté prend beaucoup de place dans ma vie, la pratique a une place finalement moins importante, car il y a aussi le travail et la famille.
Entre les séances et le post-traitement, la pratique de la photographie demande énormément de temps. J’ai 6 mois de retard en post-traitement, mais je ne veux pas entrer dans la spirale infernale du rendement. La photographie est mon échappatoire. Je veux préserver le plaisir qu’elle me procure, prendre mon temps et garder ma liberté. J’ai toujours beaucoup d’idées et de projets en tête. La photographie est un espace de lévitation, où le temps est suspendu. Dans ce sanctuaire, je ne pense à rien et je peux laisser s’exprimer mes sens. C'est très reposant pour l’esprit.
La communauté à côté de cela, c’est le partage, les échanges, la vie quoi ! Même numérique, cette vie est pleine d’humanité, d’individualités, d’amitiés… Elle m’apporte une ouverture sur le monde et une diversité de regards. Au delà de la photographie, la communauté m’a beaucoup appris sur les relations humaines et sur moi-même. C’est une expérience riche et prenante.
Pourquoi le choix de triptyques pour ton expo ?
J’ai hésité pour cette exposition virtuelle entre présenter une seule série ou des triptyques. J’ai finalement opté pour les tryptiques, parce que 3 est un bon nombre, court et équilibré, et surtout parce que j’avais envie de donner un panorama des domaines qui me touchent : les reflets, l’abstrait, les fleurs, la macro, le portrait au naturel et le portrait mis en scène. Je ne sais pas si c’est une bonne idée, mais le résultat me ressemble. C’est une bonne synthèse de ce que je fais, de ce qui me plaît et me touche. L’avantage de l’amateur est qu’il n’a pas à s’imposer tous les codes des pros.
Tableau urbain
A bien y regarder, je m’aperçois que ces tryptiques s’enchaînent suivant mon évolution photographique. Je suis entrée en photographie par les reflets. J’adore les reflets… ils permettent de regarder le monde autrement, ils sont une porte vers l’imaginaire. J’aime aussi beaucoup la bouillasse, sans doute parce que je n’aime pas trop les choses trop lisses, trop parfaites, mais je vous ai épargné ces photos.
L’abstrait est venu un peu plus tard, mais tout cela participe de la même démarche qu’avec les reflets. C’est une façon de donner à voir une réalité qui ne se livre pas directement. J’aime l’idée qu’il faille aller plus loin que le superficiel, qu’il faille prendre le temps de découvrir les choses, comme les gens en fait. La façade ne m’intéresse pas, je préfère découvrir ce qui se cache derrière. C’est souvent plus profond et plus intéressant.
Après les reflets, je suis tombée en amour des fleurs. Impossible de savoir pourquoi, mais le regard des autres m’a fait prendre conscience que c’était sans doute l’un des domaines où j’étais le plus à l’aise, où ma “patte” a été rapidement reconnaissable. Flou prononcé, fond épuré et virages sont des caractéristiques de mes photographies florales.
Le randonneur n°2
La macro d’insectes est venue dans la foulée. Même si mes résultats sont rarement à la hauteur de mes attentes, j’adore cette discipline. C’est pour moi le challenge du photographe, une sorte de pratique extrême qui demande concentration et précision… A défaut de faire du sport, je fais de la macro !
Le portrait n’est venu que plus tard. J’ai découvert une discipline qui me plaît beaucoup contre toute attente. Je le pratique principalement en famille, c'est pour cela que vous en voyez peu. J’aime beaucoup photographier les enfants, ils sont naturellement beaux et joueurs. J’essaie aussi de faire des portraits intemporels, c'est pourquoi j’utilise souvent le noir et blanc. La lumière est particulièrement importante en portrait, c’est ce qui va donner le ton de la photographie. D’ailleurs, j’adore les portraits en contre jour, sans doute parce que j’aime, comme je l’ai expliqué plus haut, ce qui ne se livre pas tout de suite.
Reine de Coeur
Tu as une approche à la fois réfléchie et créative pour le post-traitement. Abordes-tu la prise de vue un peu de la même façon et quelle est la part entre les 2 ?
En fait, à de rares exceptions je ne sais jamais à l'avance quel sera la post-traitement. Je laisse ça à l'expérimentation et à l'intuition. C’est l’inverse pour la prise, je sais ce que je veux prendre et comment. Je pense que j’aborde le post-traitement comme j’aborde le dessin. J’applique les règles connues, mais si je trouve qu’un autre traitement est plus adapté, je dévie. Après tout, il faut assumer ses goûts. Une photo doit plaire avant tout à celui qui l’a créée. Je constate que j’utilise souvent des virages pour cette raison. Ça me plaît et ça me semble plus pertinent ainsi.
Songe d'une nuit d'été
Je shoote en manuel parce que je n’arrive pas à shooter en semi-automatique, avec ces modes il y a toujours un truc qui ne fonctionne pas comme je veux… Par contre, que ce soit en post-traitement ou à la prise, je fonctionne sur l’essai-erreur. Une bonne vieille technique qui revient à la mode et surtout qui me convient très bien. Je shoote et j’adapte mes paramètres, comme je joue avec les différents paramètres en post-traitement.
Pour reprendre la question, je dirais que la réflexion se fait principalement à la prise et la créativité au post-traitement. Ce serait d’ailleurs intéressant que je creuse plus la créativité à la prise…
Tes photos et traitements sont souvent empreints de douceur et de légèreté, narration et imaginaire y tiennent une grande place, la photo te permet-elle d'explorer des parts cachées de ta personnalité ?
Un peu de psychanalyse donc… Je pense que mes photos ne reflètent pas ma personnalité, mais plutôt ce que j’aime voir. Mes photos et mes écrits donnent une image trompeuse de ma personnalité… Bien sûr, ces photographies doivent dire quelque chose de moi. Par exemple, depuis toujours j’aime contempler la nature et ça se retrouve dans mes photos. Mais au quotidien, je suis à l’opposée, plutôt hyperactive et directe.
Toison d'or
Tout va très vite dans notre quotidien, tout est pré-mâché, prêt à penser… Je pense photographier en opposition à tout cela, d’où la recherche d’onirisme et la volonté de complexifier le monde, comme avec les reflets. Je me plais dans un monde doux et rêvé, c’est ma douce résistance au réel en somme...

Merci Aurélia, de t'être livrée un peu plus pour nous... Vous pouvez poursuivre cette balade dans l'univers d'Aurélia sur :

  Interview réalisée par : Evelyne Zeltner et Eric Gindre - Juin 2016