L'oeil du photographe #13 - Alain Delange

Alain Delange a accepté d’être le sujet de "L'Oeil Du Photographe"de ce mois-ci. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie. 




Peux-tu nous exposer ton parcours photographique en quelques lignes, tes influences ?
Cela a commencé quand j’étais gosse. Juste à coté de ma chambre, mon père développait ses prises de vue dans son labo perso. Il était amateur et président du club photo de notre ville. Il a d’ailleurs gagné un concours avec une photo de moi sur mon pot en train de lire le journal à l’envers.
J’ai vécu ma vie jusqu’à 30 ans en travaillant dans le son audiovisuel et en tant que technicien plateau sur pas mal de concerts. Je pensais souvent à la photo, en sachant que j’allais bien y venir un jour, comme si mon karma attendait le bon moment… (ou plutôt mon portefeuille! ) Ça m’a permis d’avoir le temps d’observer le monde qui m’entourait et de préparer le terrain de ma future vision photographique.

Je m’y suis mis sérieusement en 2010 alors que j’étais passé projectionniste. Ça a été une bouffée d'oxygène. Je me suis vraiment trouvé dans cet exercice stimulant et ludique. J’ai commencé à faire des reportages en soirées il y a 3 ans et suis passé officiellement pro l’année dernière. Depuis je me spécialise dans l’architecture et l'immobilier mais suis toujours disponible pour un reportage dans l’événementiel…
Pour mes influences, ce sont le cinéma (notamment la science fiction), la musique, l’architecture, les gens que j’ai rencontré, les nombreux échanges que j’ai eu sur G+photographie, depuis 2 ans, beaucoup de lecture sur le sujet et comme tous les photographes, des millions de photos…
Dans le portfolio, tu a mis l’accent sur les scènes de la vie nocturne et les portraits de soirées événementielles, plus précisément. Est-ce ton terrain de chasse préféré ? Quelles difficultés rencontres-tu, avec les éclairages notamment ? Utilises tu le flash ? Quel matériel privilégies-tu ? les gens se laissent-ils facilement photographier ?
Un terrain que j'affectionne même si ça n’est pas le seul… Là je voulais rendre hommage aux fêtards que je rencontre quand je fais des reportages pour les organisateurs de soirées parisiennes (même si j’en fait de moins en moins). Ayant été DJ à 20 ans, ça me fait plaisir de pouvoir témoigner, aujourd’hui, de l’évolution des nuits branchées parisiennes. J’aime beaucoup aller chercher des portraits, posés ou non. Les gens sont assez spontanés, dans ce contexte, pour que je puisse trouver rapidement l'âme qui m’interpelle.
Techniquement ça a été très formateur puisque avec des lumières inexistantes ou totalement aléatoires, c’est assez compliqué. On doit pousser les réglages à la limite de ce que peut tolérer son boîtier, trouver rapidement le cadrage qui va isoler et renforcer la scène, composer avec ce que l’on trouve derrière, assumer et jouer avec les contre-jours et la surexposition, inévitable une fois sur deux… Même si j’aime faire avec les lumières que je trouve, je dois forcément utiliser le flash pour la majorité des portraits. Le fort contraste qu’il implique, fonctionne bien en noir et blanc.
Les couleurs sont souvent monochromes, surexposées et saturées. Si je baisse l’exposition pour éviter d’être surpris par un jeu de lumières motorisées, les zones non éclairées sont bouchées (noires). Il faut donc jongler avec ces deux extrêmes et les tourner à son avantage en étant créatif (photo 10 - Blue Hour).

J’utilise bien sûr mes objectifs les plus lumineux, le 50mm 1.8, le 100mm 2.8 et le 16/35 2.8. Ce dernier me permet d’avoir le DJ et le public dans le même cadre et de jouer avec les déformations de l’ultra grand angle, même sur des portraits. Ce que je ne ferais pas sur un mariage (photo 2 et 9) ! Quasiment toutes les autres sont prises autour de 30 mm, sauf la photo 5 au 100mm par exemple. J’adore “l’effet” dynamique du grand angle, même si je reste fan de la qualité du rendu des focales fixes. Pour le boîtier, mon fidèle 6D s’en sort très bien en basse lumière, son autofocus “accroche” jusqu’à -3IL (la lueur d’une bougie) ce qui évite le patinage de l’objectif et surtout de rater le bon moment. Il encaisse bien la monté en ISO aussi, ce qui n’est pas du luxe dans ces conditions de lumières.
En ce qui concerne les gens, ils se laissent facilement photographier et en redemandent même. C’est plus simple que dans la rue bien sûr. Les fêtards sont fiers d’être dans l’album de la soirée. La communication sur les réseaux sociaux y est pour beaucoup je pense.
Nous connaissons tous tes commentaires “décalés”, ce parti pris se retrouve dans tes clichés. Est-ce ta marque de fabrique ?
Je ne sais pas si “marque de fabrique” est l’expression que j’aurais utilisée. Ce parti pris décalé reflète simplement une façon un peu subversive de voir la vie et cela transparaît forcément dans mes clichés, notamment les portraits et l’architecture..


Nous connaissons aussi ton intérêt pour l’architecture, y aurait-il d’autres domaines que tu aurais envie d’explorer ?
J’explore aussi les concerts, les courts métrages, parce que ça fait partie de mon passé et que j’ai besoin, manifestement, de revenir à ce que j’ai vécu… Ainsi que la pub et la mode comme assistant photographe de Nicolas Bets.  
La macro et le sport sont des univers que j’aimerais découvrir...

Tu es en train de monter ta micro entreprise, peux-tu nous en parler ? Quels conseils donnerais-tu aux membres désirant se lancer ?
Se faire accompagner, ça n’est pas du luxe. On peut être un très bon technicien et ne pas savoir se vendre. La première année je me suis fait accompagner par une “couveuse” régionale GEAI (Groupement d'Entrepreneurs Accompagnés Individuellement). Cela permet de tester en grandeur réelle son activité et de facturer avec leur numéro de SIRET. Ils prennent 10% du HT que l’on touche pour leurs frais de fonctionnement, par contre c’est un peu compliqué de récupérer le reste, mais passons... On a un conseil et accès à pas mal de stages d’une demi ou une journée sur tous les thèmes possibles pour monter une boîte : la compta (de base), le juridique, les banques… et même “gestion du stress” ou bien “Prendre confiance en soi et son projet”, ce qui intéresse 99% des gens qui montent leur boîte !

Ensuite il faut s’inscrire à la chambre des métiers, prendre une assurance et à partir de là, il faut être au taquet pour démarcher. On peut vivre de la photo mais il faut être entrepreneur. Les contrats ne tombent pas du ciel. Une bonne partie du travail est relationnel. La communication virtuelle est bien sûr importante, il faut que chaque personne à qui vous donnez votre carte puisse aller voir votre travail sur Internet, on est en 2016. J’en connais peu qui n’ont pas de site mais ceux là ont un réseau depuis minimum 20 ans...
Pour finir sur le sujet pro, rester passionné, éviter de faire toujours la même chose au risque de vous lasser et continuer de vous faire plaisir… J’allais oublier : cultiver votre différence.
Merci Alain de t'être prêté au jeu des questions réponses.

Vous pouvez poursuivre cette balade dans l’univers d'Alain sur :

Interview réalisée par : Evelyne Zeltner et Eric Gindre - Janvier 2016