L'oeil du photographe #10 - Evelyne Zeltner

+Evelyne Zeltner a accepté d’être le sujet de "L'Oeil Du Photographe"de ce mois-ci. Cette série d’articles associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie.




Evelyne, en tant que modératrice, tous les membres de la communauté te connaissent mais que pourrais-tu leur dévoiler sur toi et ton parcours photographique qu’ils ne connaissent pas déjà ?
Mon rêve était de peindre, mais je n'ai pas ce talent. La photo m'a semblé le meilleur compromis pour exprimer ma créativité. A travers les photos que je publie chaque jour, ou presque, la seule chose que vous ne connaissez pas de moi, c'est mon penchant pour les montages, puisqu'ils sont interdits dans la communauté. Je sais que nombre d'entre vous n'apprécient ni la retouche (à ne pas confondre comme le font certains avec le post-traitement, qui correspond au développement de la photo) ni les montages, mais moi j'adore. Pour moi, c'est une approche plus personnelle et artistique, qui me permet d'évoluer dans mon propre monde. Pendant des années j'ai fait un métier très prenant (pharmacie) me demandant rigueur et vigilance, dur dur pour une étourdie, rêveuse invétérée… entre le métier, les enfants, la maison, les moments de détente étaient rares, alors maintenant je me lâche.
La découverte de la macro a été, aussi, une vraie révélation, j'avais l'impression d'être enfin chez moi. Dans ce petit monde merveilleux, je retrouvais mes yeux d'enfant, longtemps myopes, ce qui doit en partie expliquer mon amour du flou. Encore aujourd'hui, je ne mets mes lunettes qu'en cas d'absolue nécessité, j'aime la douceur, la poésie et l'ambiguïté du flou, la vision floue m'exclue du monde réel pour entrer dans le mien. Ce qui ne m'empêche pas de faire des photos bien nettes aussi quand le sujet le demande.

Ceux qui suivent ton travail n’ont pas manqué de remarquer une affirmation de ton style. Quelle influence a eu ton arrivée dans la communauté sur ta pratique photographique ?
Comme dit précédemment, j'ai décidé de me mettre sérieusement à la photographie au moment de ma retraite en juin 2011. Jusque là, c’est mon mari qui était le spécialiste photos et comme tout le monde s’extasiait sur ses œuvres et qualifiait les rares photos que je prenais de « zarbies », je m'abstenais. A la retraite, je me suis dit que l'important était de faire ce qui me plaisait sans tenir compte de l'avis des autres.
J’ai commencé avec un petit Pentax Optio L30 pendant mes balades avec mon chien. Je suis vite devenue accro, mais vite frustrée aussi, par le mode automatique. J'ai alors cherché des infos sur le net et j’ai découvert la communauté G+Photographie, la signification des mots : exif, map, raw... J’ai débuté avec un Canon 450D, testé les modes ouverture, vitesse et manuel, qui m’étaient totalement inconnus, en suivant les conseils des membres avisés. Puis l'été 2013, j’ai reçu MON Canon 60D (objectifs 18mm-135mm,75mm-300mm, 28mm-90mm, le 100mm, qui ne me lâche plus… et dernièrement un UGA 10mm-18mm). Je peux dire, malgré mon grand âge… que je suis une enfant G+Photographie.

Qu’attends-tu d’une bonne photo ? Quels sont tes influences et quels photographes ou artistes te touchent ?
J'attends d'une bonne photo qu'elle me touche, me surprenne ou qu'elle me fasse rêver et voyager dans l'univers du photographe. Comme tout le monde, je suis sûrement inconsciemment influencée par toutes les photos que je regarde chaque jour.
J'apprécie quand même particulièrement les photographes animaliers comme Vincent Munier ou Julien Regamey pour ses photos de l'Afrique où j'ai passé mon enfance et que j'adore. Quand je pense qu'à l'époque, j'étais terrorisée par le moindre insecte, je n'aurais jamais cru qu'un jour je m'y intéresserais de si près.
J'aime aussi Philippe Sainte-Laudy pour ses flous directionnels et le top du top, le photographe japonais Miki Asaï. J'adore aussi la peinture, principalement les peintres impressionnistes et les estampes japonaises.
Je pense être influencé aussi par mes lectures. Des auteurs comme Murakami, par exemple, me transportent dans un monde parallèle, que j'ai envie de retranscrire en photos. Le cinéma, l'humour, la musique… enfin, tout, peut être source d'inspiration, je suis par nature quelqu'un de très curieux....


Ton style est affirmé, tu assumes de privilégier parfois le ressenti au détriment de la technique. Que peux-tu nous dire sur ton rapport à la photographie.
Tout à fait, je l'assume, je fais partie des votants pour la photo de la semaine, je suis capable d'apprécier et d'admirer la technique d'une photo, mais si elle ne me touche pas, je ne lui mettrais pas la note maximale, alors que je pourrais la mettre à une photo moins aboutie techniquement, mais qui me fait vibrer.
Pour moi, la photo est avant tout une évasion. Quand je pars avec mon appareil, je n'ai plus notion de rien. Je ne vois pas le temps passer, je n'ai ni froid, ni chaud, ni faim, ni soif… Je suis dans ma bulle, au grand désespoir de certains de mes proches !!!
Même si j'ai une prédilection pour la macro, tous les sujets m'intéressent, je photographie à l'instinct. Si je programme une sortie, j'aime avoir tous mes objectifs de peur de manquer une opportunité, sinon, lors de mes balades journalières avec mon chien, j’ai (presque) toujours avec moi mon Panasonic FZ200. Comme dit mon mari "tu as un objectif à la place de l'oeil". Et c'est vrai, depuis que je me suis lancée, mon regard sur le monde a changé. Si un sujet m'interpelle, je pense immédiatement à la façon dont je le photographierais pour restituer le ressenti de l'instant. Je peux rester très longtemps à tourner autour d'un sujet pour trouver la compo qui me convient. Pour moi, elle est aussi primordiale, c'est l'écrin qui met en valeur le bijou ! Il m'arrive aussi d'imaginer un futur montage et de prendre la photo en conséquence.

Quels conseils donnerais-tu à un débutant pour l’aider dans ses apprentissages ?
Et bien, je pense avoir donné la réponse plus haut, apprendre les bases, soit tout seul à travers les revues spécialisées et les tutos du net, soit faire partie d'un club.
Regarder le travail des autres et suivre les conseils des gens compétents.
Ne pas être trop impatient, prendre son temps pour progresser, pour chaque idée de photo, shooter et reshooter sans cesse, expérimenter les modes, les angles, etc.
Et surtout avoir l'envie, le désir, l'imagination et enfin le plaisir.

Merci Evelyne de nous en avoir appris plus sur toi et ton approche de la photographie. Vous pouvez continuer de découvrir l'univers d'Evelyne sur :
Interview réalisée par: Aurélia Cointre Mazni et Eric Gindre - Septembre 2015