L'Oeil Du Photographe #1 - Eric Gindre

Eric Gindre a accepté d'initier avec nous une série d'articles intitulés L'Oeil Du Photographe, qui associe une exposition virtuelle et une interview d'un photographe de la communauté G+Photographie.


Cette tribune est l'occasion pour le photographe à l'honneur d'exposer une série, un thème ou une sélection de photographies représentatives de son travail. Puis dans un second temps, d'aborder son parcours photographique, ses références et de lui donner le mot de la fin.


Alors Eric peux-tu nous dire pourquoi avoir choisi cette sélection de photographies ?
Un certain regard sur Saint Nazaire est une série que je suis en train de finaliser. Elle représente pour moi un aboutissement à la fois photographique et personnel. Saint-Nazaire, ville ouvrière et reconstruite après la seconde guerre mondiale, possède un attrait peu décelable en quelques visites. Une certaine “photogénie typée” s’est offerte à moi lors de balades quotidiennes imposées par une convalescence à l’automne dernier. Cette période de promenade correspond aussi à ma reprise intensive d’un travail photographique rendu possible par un ré-investissement matériel.
Il s’agit avant tout d’une “revisite” visuelle, soit de lieux connus localement soit d’éléments urbain ou maritime n’ayant pas de caractère photogénique mais qui ont bénéficié à mon passage d’une lumière ou d'une ambiance les mettant momentanément en valeur.
Peux-tu résumer rapidement ton parcours ? Comment tu en es venu à la photographie ?
J’ai commencé la photographie à mon adolescence par une rencontre avec un moniteur de camp de vacances passionné. Cela s’est poursuivi au club photo du lycée. J’ai eu la chance qu’on m’offre assez rapidement un reflex et 2 objectifs “clés”. J’ai photographié beaucoup de paysages alpins car j’étais un passionné de montagne et d’escalade ; mais je m’essayais à toutes les disciplines, hors la macro et le studio. Je faisais à l’époque beaucoup de diapos, mais pouvant utiliser le labo du club, je me suis dégrossi au développement des films et au tirage noir et blanc. C’était la grande époque des films Iford ;-) Un parcours artistique en amateur averti (je n’en ai jamais pu en vivre) m’a fait utiliser ensuite la photo comme support de départ. 
Le coût des fournitures grandissant à la fin de l’ère argentique et les APNs de qualité étant hors d’accès, j’ai finalement décidé de tout arrêter au début des années 2000. Ce n’est qu’il y a plus d’un an grâce au réinvestissement numérique, que j’ai pu me ré-approprier l’outil photographique et en faire actuellement mon medium de prédilection (je le vois comme cela).
Tu travailles beaucoup le noir et blanc, on sent que tu mènes une recherche. Pourquoi ? Que peux-tu nous en dire ?
Une approche somme toute logique de repères et de critères créatifs rapidement retrouvés. Le noir et blanc permet une recherche graphique et photographique à la fois plus simple et plus profonde qu’avec la couleur. Il supprime les tons flatteurs pour l’œil (c’est l’aspect “profond” car la photo est moins facile a identifier comme “belle”) et gomme le camaïeu coloré quelquefois parasite (c’est l’aspect facile, on se concentre sur des valeurs tonales et les contrastes en présence). 
J’avoue avoir retrouvé un peu les mêmes sensations sur l’ordinateur que dans la chambre noire, odeur des produits mises à part ;-) Je reconnais même que se serait plus facile devant l’écran avec les outils actuels que dans le noir sous l'agrandisseur. Toutes proportions gardées, car le tirage sur papier photographique traditionnel reste le must par rapport au tirage jet d’encre. 
Le noir et blanc reste pour moi le support de créativité le plus expressif tant par le passé que maintenant.
On se construit aussi par rapport aux autres artistes. Lesquels t'ont influencé ou te touchent particulièrement ?
Hormis une admiration pour les paysages alpins des Tairraz, mes premières découvertes ont été classiques si je puis dire : les photographies de reporters de l’agence Magnum (j’associais volontiers à l’époque le travail de photographe comme journalistique), et surtout Robert Capa pour la virtuosité. 
Le travail photographique de Man Ray m’a beaucoup touché par son sens artistique engagé, les noir et blanc d’Helmut Newton pour la plastique maîtrisée. 
Plus récemment, j’ai redécouvert également Sebastiao Salgado et son remarquable travail sur la terre et les hommes avec Genesis. Tout dernièrement, j’ai eu un véritable coup de de cœur pour l’approche photographique de Vivian Maier, sa vie particulière, sa passion voire son obsession pour la prise de vue.
Pour finir, que pourrais-tu dire ou conseiller aux membres de la communauté par rapport à leur pratique de la photographie ?
Avant tout, avoir toujours autant de plaisir à photographier. Savoir aussi quelquefois prendre son temps : savourer la construction de l'image dès la prise de vue et redécouvrir des anciens clichés qui ont mûri si je puis dire dans un coin du disque dur.

Merci Eric d'avoir pris le temps d'échanger avec nous. En guise de conclusion, nous pouvons annoncer que les membres te retrouveront régulièrement ici avec Evelyne Zeltner, puisque vous avez tous les deux accepté  de prendre en charge L'Oeil Du Photographe.

Vous pouvez poursuivre cette balade dans l'univers d'Eric Gindre sur :
Interview réalisée par : Aurélia Cointre Mazni - Septembre 2014